
La casseille au jardin-forêt : histoire, culture, méthodes de conduites, multiplication, bonnes associations à faire…
Tout sur la casseille!

Bonjour à tous.
Aujourd'hui, on va s'intéresser à un petit fruitier très intéressant en permaculture pour la strate buissonnante de votre jardin-forêt (la strate 3) : la casseille ou caseille.
Un hybride de cassis et de groseille créé pour améliorer la productivité et la résistance aux maladies, on va voir ensemble ses caractéristiques, ses origines, ses exigences et comment la multiplier simplement.
1 – Origine de la casseille et sa famille botanique
La casseille appartient à la famille des Grossulariacées et au genre Ribes (la famille des goseilles, cassis, groseilles à maquereaux etc). C'est un croisement assez complexe qui a été développé en Allemagne dans les années 70 dans le but de combiner les qualités gustatives et la rusticité de plusieurs plantes parentes pour obtenir des fruits plus gros et plus résistants aux maladies. Elle s'est vraiment développée sur le marché vers 1987.
Il s'agit d'un hybride naturel issu du croisement sexué entre :
- le cassissier (Ribes nigrum), qui est sans épines, aux petits fruits (1cm de diamètre) très parfumés, mais acides et sans sucre.

- le groseillier à maquereau (Ribes uva-crispa), souvent très épineux, aux gros fruits (2 cm de diamètre et certaines variétés comme Xénia atteingnant 2.8 cm) qui sont à la fois sucrés, parfumés et acidulés que l'on mange frais ; cassis et groseilles sont réservés aux confitures par manque de sucre et trop acides.

- le groseillier noir d'Amérique (Ribes divaricatum), plante épineuse à fruit noir originaire d'Amérique du Nord, aux fruits sucrés proches de la groseille à maquereau.

Et ces hybridations ont été ré-hybridées entre elles, la Casseille est donc un hybride complexe qui regroupe les qualités "sans épine", "gros fruits", "parfum et sucre", "résistance aux maladies".
Certains sites donnent d'autres noms botaniques qui changent d'un pays à l'autre (Ribes nidigrolaria/Ribes x culverwellii).
On retrouve principalement trois variétés issues de ces divers croisements. Concrètement on n'a pas besoin d'avoir la collection complète, une seule suffit au jardin car elles se ressemblent beaucoup tant au niveau du goût que du calibre des fruits :
- Rita (Ribes nigrum x Ribes divaricatum) : donc un croisement entre le cassissier commun et un groseiller d'Amérique (à ne pas confondre avec le cassissier d'Amérique Ribes américanum aux fruits plus petits). C'est un hybride stérile, donc inutile de tenter de le semer, ça ne peut pas germer.
- Josta (R. nigrum x R uva-crispa croisé avec R. divaricatum) : une variété dont les graines sont fertiles. C'est le croisement le plus élaboré intégrant les trois génétiques et la variété la plus facile à trouver dans le commerce.
- Anita (Ribes nigrum x Ribes divaricatum) : semblable à la Rita, mais très légèrement plus précoce.
Franck a cultivé ces 3 variétés sans vraiment constater une différence sur la qualité des fruits, seul un petit décalage de production les différencie.
2 – Morphologie de la plante

La casseille est un buisson à croissance assez vigoureuse, sans épines et à port retombant. Son feuillage est caduc et tombe pendant les gelées. Comme le cassis et les groseilles, elle mesure de 1 à 1,5 mètre et autant de largeur. Au bout de quelques années, comme sur la photo, les branches basses se marcottent naturellement et le buisson s'élargit d'année en année.
Elle peut atteindre jusqu'à 2 mètres de hauteur et plus si on le palisse sur un grillage.


D'ailleurs c'est ce que Franck conseille de faire, car la casseille comme le cassis et les groseilles, a un port retombant à cause du poids des fruits et a tendance à se marcotter naturellement. Donc le rang devient de plus en plus large d'année en année. Le palissage contre un grillage permet que le plant ne s'étale pas en largeur et facilite la récolte en hauteur.
3 – Sol, exposition et climat
La casseille est une plante très rustique qui peut résister à des températures extrêmes allant jusqu'à -25°C, par contre elle n'aime pas les fortes chaleurs, la sécheresse et les climats secs. La caseille et le cassissier ont d'ailleurs besoin d'un froid hivernal pour bien se fructifier, mais on peut en voir dans de nombreuses régions dont les hivers sont doux comme la Bretagne.
Dans les régions à climat doux, on observe souvent un mauvais débourrement : la plante démarre mal, ce qui diminue sa vigueur et engendre une production plus faible, mais qui reste intéressante.
- Le sol : toutes les terres conviennent aussi bien au cassissier qu'à la casseille, à l'exception des terres très calcaires (pH au-dessus de 8) auxquelles ils sont assez sensibles en développant de la chlorose. Dans ces sols, on peut faire baisser le PH avec du vinaigre de cidre dans le trou un mois avant la plantation et des mulchs de résineux (pin, sapin, thuya). Et les sols lourds asphyxiants (dans ce cas-là, apportez du terreau à la plantation et faites des gros mulchs chaque année (broyat, tonte) afin de faire travailler les vers de terre.
- Le pH : le sol idéal a un pH de 6 à 6,5, mais la qualité gustative des fruits s'améliore lorsque le pH se situe autour de 7, voire 7,5. Si votre sol est acide, mettre du lithotame ou du calcaire broyé à la plantation améliorera le goût (moins acide et plus parfumé). La caseille poussera aussi très bien dans un pH de 5, mais les fruits seront plus acides.
- L'exposition : plantez-les en plein soleil ou mi-ombre en climat chaud, dans un endroit abrité des gelées printanières pour faire de belles récoltes. Comme la casseille fleurit tôt en avril, une gelée tardive peut être fatale à la récolte.
4 – Récolte, rendements et dégustation

C'est une plante hermaphrodite autofertile (avec des fleurs portant les organes mâles et femelles dans la même fleur) qui s'auto-pollinise. Donc un seul plant suffit pour avoir des fruits tous les ans.
Très productive, elle offre des rendements allant de 1 à 5 kg par buisson en fonction de son âge, de l'exposition, de l'arrosage et de la richesse du sol. La récolte s'effectue en juillet ou en août selon la région et les aléas climatiques de l'année, lorsque les baies sont bien mûres. La casseille est similaire au cassissier, mais produit des fruits rouge noir plus gros que les baies de cassis. Ils mesurent entre 1,2 et 1,8 cm de diamètre.
Gustativement, elle est sucrée, possède le parfum du cassis, mais s'avère globalement moins acide. Elle se mange donc sans problème en frais. Toutefois, certains estiment qu'elle reste un petit peu plus acide et l'utilisent surtout pour faire des confitures. Elle est également excellente transformée en sirop.
5 – Une bonne résistance aux maladies
L'un des avantages majeurs de la casseille est sa robustesse face à l'oïdium et aux maladies du cassissier.
*oïdium sur cassis
Beaucoup de variétés de cassis sont sensibles à l'oïdium. Le vieux dicton des anciens illustre bien ce problème chez le cassis : « Pluie de Saint François Régis (en juin), vite du soufre sur les cassis ». Mais les variétés résistantes à l'oïdium permettent la culture sans aucun traitement. Au nombre de ces variétés de cassis rustiques, nous avons : Andéga, big ben, ojeblanc, royale de Naples. Tous, retrouvables dans le livre Variétés fruitières de Franck Nathié disponible sur notre site.
Les hybridations de la casseille lui donnent une très bonne résistance à l'oïdium, comparée au cassissier dont il faut impérativement prendre des variétés résistantes.
Et elle ne se fait pas trop attaquer par le zérène du groseiller, dont les chenilles mangent tout le feuillage jusqu'à tuer la plante.
*zérène du groseiller
*Abraxas grossulariata
Mais par contre, elle est sensible à la tenthrède jaune du groseillier.

Ici, les fausses chenilles de la tenthrède (et oui, la tenthrède est un "hyménoptère", la famille des guêpes et des fourmis et n'a donc rien à voir avec les "lépidoptères", les papillons qui sont seuls à faire des chenilles). Ces voraces fausses chenilles sont capables de défolier intégralement la plante, voire de la tuer si rien ne les arrête.

Ici, une tenthrède (Euura ribesii ) adulte prête à pondre.
Du fait de sa floraison précoce, la casseille est en 1re ligne pour attirer les tenthrèdes.

Mais si vous avez beaucoup d'oiseaux au jardin (mésanges, pinsons, moineaux, etc.), ils ne mettent pas longtemps à trouver les tenthrèdes et à en faire des oisillons et de l'engrais.
6 – Entretien et taille de fructification
Pour garder un buisson productif, une taille annuelle est recommandée. La famille des grossulariacées (cassis, groseille, groseille à maquereau et casseille) se taille en février avant que la plante ne déboure (quand les bourgeons s'ouvrent). Si on ne les taille pas, la plante va chaque année produire du bois et grandir au détriment de la production. Mais si nos besoins ne sont pas "pro", la non-taille reste le plus simple.
Si on taille, on peut conduire la plante de manières différentes :

- En forme arbustive "buisson": c'est la forme que prennent naturellement les grossulariacées du fait que des bourgeons sortent de sous terre (ici sur la photo dans une haie fruitière associée à des pommiers et pruniers).

- En forme arborescente "avec un tonc" : c'est la forme la plus pratique pour les récoltes car on peut mettre le panier en dessous. Pour arriver à donner cette forme, il faut prélever de grandes boutures de 70 (qui apparaissent lors d'une coupe rase), retirer l'intégralité des bourgeons sauf les 2 derniers centimètres du haut de la bouture.


- Pallissé "sur un grillage ou autre support : c'est idéal contre le grillage du poulailler, car chacun récolte de son côté.
Les principes taille sont assez simples :
Le bois de l'année ne produit pas de fruits et au bout de 4 ans il n'en produit presque plus, il faut donc privilégier le bois de 2 et 3 ans et chaque année on retire environ 20 à 30% de la ramure.
- Il faut simplement chercher à limiter le vieux bois de plus de 4 ans.
- En général la taille d'éclaircissement commence à la 4ᵉ année.
- Règle d'or pour de bonnes productions : ne gardez jamais de bois âgé de plus de 4 ans, car il devient improductif. Et réduire jusqu'à un tiers de leur longueur tous les rameaux que vous décidez de conserver.
- Si on ne taille pas, la plante est beaucoup moins productive, mais reste intéressante.


Le fait de les conduire sur un port arborescent ne change pas la taille d'entretien. Cela reste la même règle de ne pas garder de vieux bois de plus de 4 ans et de ne pas retirer plus de 20 à 30% de la ramure totale.
Au jardin-forêt de Simplé, Franck ne les taille jamais, sauf pour prélever des boutures ou faire en sorte que la plante ne gêne pas le passage, mais l'objectif n'est pas le rendement, mais un compromis entre le temps passé et la quantité récoltée.
7 – Comment multiplier la casseille super facilement ?
La casseille, tout comme le cassissier et le groseiller, se multiplie facilement par bouturage et par marcottage.
Voici la méthode pour le bouturage :
- Réalisez ce bouturage entre janvier et mars (en fin d'hiver) avant que la plante ne débourre (bourgeon qui gonfle).
- Prélevez des tronçons de tige d'un an d'environ 15 à 20 cm (ou 20 à 30 cm) de long avec une 10n de bourgeons.
- Plantez les 2/3 ou les 3/4 de la bouture dans un mélange de terreau et de sable, ou directement en pleine terre dans un sol ameubli, et plantez la bouture dans du carton afin de limiter la compétition avec l'herbe.
- Laissez 1 à 2 bourgeons au-dessus de la surface du sol.
- Placez la bouture dans un endroit ombragé et arrosez régulièrement pour maintenir une humidité constante.
- Les jeunes plants pourront être repiqués à leur emplacement définitif à l'automne suivant.

*Ici Franck les met dans des plaques alvéolées pour l'arboriculture.


On peut aussi faire des boutures à l'eau, la méthode de Franck
- Prélever les rameaux de l'année (janvier février)
- Placer les rameaux (30 à 70cm) dans un récipient profond que l'on remplit d'eau de pluie (un seau par exemple) placé à l'ombre (pour éviter que l'eau ne monte trop en température) et faire en sorte que le niveau d'eau ne baisse pas pendant l'été. Cela permet de laisser les boutures raciner tout l'été sans avoir à arroser 30 pots. On les repiquera en place en automne. L'idéal est de prendre de l'eau de pluie.
Voici la méthode par marcottage :
- Au printemps, on place une pierre ou un truc lourd pour plaquer une banche basse au sol.
- En hiver (janvier, février), on retire la pierre, on déterre la marcotte et on la repique où on veut.

À savoir : les marcottes aériennes sont inutiles car on peut les faire au sol facilement et les boutures sont tellement simples à réaliser que ça ne sert à rien de se compliquer la vie.
9 – Les associations au jardin-forêt qu'on peut faire avec la casseille

On peut l'associer à de nombreuses plantes en fonction des ressources en eau et en nutriments du sol. Sur la photo, on voit la casseille RITA pas encore mûre en bas, avec la framboise énorme himbo top et au-dessus la figue blanche de port-blanc, les 3 donnent mi-juillet et se récoltent presque en même temps. À leurs pieds, Franck a mis en couvre-sol de l'ail des ours et de la consoude naine qui tiennent en dessous depuis 2022.


Ici Casseille josta, et framboise mûre tayberry au pied d'un pêcher "sanguine" avec des fraisiers comme couvre-sol.
Les mauvaises associées
La casseille et les autres grossulariacées n'apprécient pas trop de pousser trop proches des arbres en région sèche, mais s'acclimatent sans problème en région où il pleut en été, surtout si on les a plantées en même temps que l'arbre, car l'arbre ira s'enraciner plus profondément s'il sent d'autres plantes à côté.

*ici on voit une cassissière plantée au pied d'un cerisier (en Mayenne), le plant tient bon depuis 7 ans mais produit assez peu.
Franck a observé que la famille de l'ail, les « liliacées« , n'apprécie pas trop de pousser au pied des grossulariacées ; seul l'ail éléphant et l'ail des ours arrivent à vivre à leur pied. La ciboule de Chine, l'oignon rocambole, le poireau perpétuel, l'oignon patate ont tous disparu en 2 ou 3 ans.


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